Le livreur au cerveau remplacé

C’est vrai, je le confesse, je me suis fait livrer à domicile. Pas bon pour mon bilan carbone… Je culpabilise forcément. Mettez ça sur mon compte.

Mais ce n’est pas de ça que je veux causer.

Le livreur était pressé. Entre la sonnerie, les aboiements du chien et la crainte qu’il ne me coche aux abonnés absents, j’ouvre la porte pour réceptionner le colis. Mais je n’avais pas eu le temps de baisser la musique. C’était un peu fort, pas au point de ne pouvoir s’entendre et comprendre. Il me tend une espèce de stylet avec lequel je dois essayer de dessiner ma signature sur un tout petit écran. Ça dérape, j’ai peur de la casser sa machine.

Et c’est là que la gaillard se lâche, perturbant mon exercice :

« -Vous pourriez pas respecter nos racines et écouter plutôt de la musique française ? Le grand remplacement est bien là avec des gens comme vous ! »

Je compris à la détermination de son regard et à la brusquerie de ses gestes qu’il ne rigolait pas du tout. On était juste au bord de la menace, dans cet indicible. J’ai eu le temps d’imaginer recevoir une baffe. Malaise assez puissant pour que surpris j’hésite un instant et ne parvienne qu’à bredouiller avant qu’il ne se retire dans son utilitaire tel un chevalier du Moyen-Age sur sa monture.

« – Pour les racines, c’est de la musique bretonne. »

Bon, je n’ai pas eu le temps de lui faire un cours sur la musique modale ou lui parler d’Érik Marchand. Et pour le chant grégorien, je le sens pas prêt.

Peut-être que ses racines s’arrêtent à Michel Sardou ?

Sinon la livraison s’est bien passée, merci…

Par Vincent Breton

Vincent Breton est l'auteur du blogue koikidit.com , du site vincentbreton.fr (chansons, poésies, photos, textes) et du site numerilibre.fr (destiné à celles et ceux qui s'intéressent au numérique libre)

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