La grève du 13 janvier doit être réussie !

Il y a bien longtemps que les enseignants, tous niveaux confondus et pas seulement les syndiqués, ne s’étaient retrouvés unis dans l’exaspération et une certaine forme de désespoir. L’épuisement est souvent présent. Pas seulement chez les directeurs et les chefs d’établissement.

À l’impéritie souvent mise en exergue dont fait preuve « le ministre des cerceaux », s’ajoute une incapacité à faire preuve d’empathie et de compréhension des réels enjeux. Les personnels qui sont au front depuis le début de l’épidémie voient cette crise s’ajouter à d’autres réformes fort mauvaises pour le service public de l’Éducation.

Les enseignants ne doivent pas hésiter à se mobiliser, la population doit les soutenir.

Le ministre ment et se défausse

Une nouvelle fois ce matin, le ministre interrogé aux 4V de France 2 a continué de se défausser. Ce n’est jamais de sa responsabilité si les protocoles viennent tardivement mais celle du Haut Conseil de la santé publique. Si les capteurs de CO2 sont rares dans les écoles, c’est de la responsabilité des collectivités.

Il a prétendu ce matin envoyer en aide aux directeurs les 1300 personnels affectés en circonscription auprès des inspecteurs . C’est à dire les conseillers pédagogiques qui sont en général 2 pour 30 à 40 écoles , si ce n’est plus, dans des lieux souvent éloignés… Que pourraient-ils faire d’utile ? Leurs propres missions (formation, gestion de la sécurité, aide aux personnels fragiles etc.) seront donc abandonnées. Ils devaient notamment porter un plan pour le renforcement des apprentissages fondamentaux. Il a prétendu recruter des remplaçants : où ? avec quelles qualifications ?

Comme toujours, même s’il bafouillait un peu ce matin, le ministre est dans la communication.

Le ministre minimise. Il demande sans cesse des efforts aux acteurs locaux en désorganisant le service public.

Les décisions outre le fait qu’elles ne sont pas réfléchies avec un minimum de bon sens, ne sont pas concertées. C’était si grotesque à la rentrée de janvier que le ministre a dû revoir sa copie !

Parents, élus, personnels exerçant dans les écoles… la coupe est pleine !

Alors qu’une politique volontariste aurait consisté à se donner les moyens de faire tester les élèves dans les établissements, le ministre a choisi d’envoyer les gens chercher des tests en pharmacie. On a vu les images. Files d’attente…

Concernant les masques, après avoir distribué avec parcimonie des masques d’ailleurs inefficaces quand ils ne comportaient pas des risques, le ministre traîne les pieds pour aller commander et distribuer des masques FFP2.

Les parents sont sollicités sans cesse. Les élus peinent à gérer entre le nettoyage des locaux, l’organisation des services de cantine et l’absence de leurs propres personnels. Selon les départements les préfets et les ARS communiquent plus ou moins vite. Lorsque j’exerçais au début de la crise comme cadre dans l’enseignement, l’administration passait plus de temps à contrôler notre action qu’à nous épauler pour être efficaces sur le terrain. Le ministère de l’Éducation est devenu le ministère de la communication. Pour ce faire, il assomme les acteurs locaux d’enquêtes à remplir dans l’urgence sur des applications obsolètes.

Tout en se défaussant sur les acteurs locaux, le ministre ne leur fait pas confiance. Il se contente de donner des consignes parfois infaisables sans jamais contribuer à donner des moyens réels. Surtout on ne se concerte plus avec les personnels alors que des instances existaient et pas plus avec les élus.

Le pilotage est vertical, descendant, ignore le réel des situations locales. Il faut se débrouiller avec les moyens du bord, bricoler, gérer la pénurie… Dans les écoles, directeurs et enseignants perdent un temps fou dans des tâches de contrôle et de la paperasse. Ils sont soumis à la pression de leur propre administration mais aussi à celle des parents inquiets, qui ne comprennent pas toujours des mesures qui changent sans cesse.

Le quotidien de la vie des classes est profondément affecté. La souffrance des enseignants qui n’ont par ailleurs pas de médecine du travail est palpable. Je reçois encore à ce jour des messages de personnels qui ont besoin d’une oreille alors que je ne suis plus en activité.

Les enfants payent le prix lourd

Tous et surtout les plus fragiles paient et vont payer plus tard psychologiquement et scolairement les conséquences de l’inaction du ministre.

Outre une action volontariste concernant l’équipement sanitaire, un recrutement d’étudiants pour faire du soutien en petits groupes aurait été utile.

Mal payés, les médecins scolaires sont peu nombreux. On manque aussi de psychologues scolaires et les réseaux d’aides aux élèves en difficulté ont été démantelés. Les évaluations du dédoublement des classes en éducation prioritaire ne sont pas bonnes.

On pourrait évoquer le sort fait aux lycéens et aux étudiants…

Ce qu’il faut comprendre, c’est que la crise de la COVID et sa gestion par le ministre ne fait que révéler l’ensemble de la politique gouvernementale en matière d’Éducation. On se souvient tristement de la façon dont le ministre a si peu réagi après le suicide dans une école de Christine Renon directrice qui exprimait sa souffrance au travail …. Peu à peu, on mettra à jour le mal fait aux apprentissages de nos élèves.

Le métier peu attractif est devenu très dur. La défiance et le caporalisme d’un ministre autoritaire et condescendant auront fait beaucoup de mal.

Soutenons les enseignants pour soutenir l’école

Une grève c’est un trentième de salaire en moins. C’est un sacrifice financier. Les enseignants grévistes se font souvent critiquer comme s’ils profitaient du système.

Si c’était si agréable et confortable, ils ne seraient pas de plus en plus nombreux à démissionner chaque année.

Alors non seulement il faudra les soutenir pour que cette grève marque un temps fort mais il faudra s’en souvenir « pour la suite ». Comme les soignants à l’hôpital, nous avons besoin d’enseignants qui puissent exercer dans de meilleures conditions. Soyons « égoïstes » , car c’est bien pour nos enfants, pour nos petits enfants qu’investir dans l’école, soutenir les professionnels fortement nous permettra de retrouver la confiance. L’école est notre bien précieux.

Cette grève ne changera pas tout. Mais elle peut permettre de brandir le carton rouge et de poser les jalons pour l’avenir. Massive, réussie et soutenue, elle peut constituer une chance, un espoir pour l’avenir !

Par Vincent Breton

Vincent Breton est l'auteur du blogue koikidit.com , du site vincentbreton.fr (chansons, poésies, photos, textes) et du site numerilibre.fr (destiné à celles et ceux qui s'intéressent au numérique libre)

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